Une robe, à première vue, n’est qu’un vêtement. Mais celle-ci porte en elle l’histoire d’un geste, d’une matière choisie, d’une discussion entre une artiste et une couturière. Elle raconte le froissement sonore qui s’échappe du tissu lorsque cette dernière dépose la robe au creux des bras de Philippine.
Pourtant, c’est une robe qui ne se prend pas au sérieux. Sur ses courbes, des crevettes dansent avec les fleurs, les couleurs ont une façon de s’inviter sur le coton et de donner le ton. Poésie de l’absurde : avec humour, c’est une robe qui fait rimer crevettes et fleurs, terre et mer, comme un duo désormais indissociable dans l’imaginaire. Une robe de cocktail, qui se soulève quand elle tourne, parce que c’est important pour une robe faite pour danser. On pourrait presque entendre la musique des vagues, les couverts des invités qui s’entrechoquent contre la porcelaine et les mouettes qui s’époumonent.
Les crevettes sont peintes à la main. La toile épouse le corps et l’art quitte le mur pour se poser sur la peau. Ce projet raconte cette métamorphose.
Photographier Philippine dans sa robe, c’est l’inscrire dans un dialogue entre le vêtement et l’artiste, entre la peinture et celle qui la porte. Le décor, lui aussi, prend vie sous ses pinceaux : un fond de papier peint à la main, pensé comme une extension de la robe.
Autour d’elle, des céramiques, fragments d’un même univers visuel, semblent s’échapper de la peinture pour prendre forme dans l’espace.
Rien ne tombe dans l’oubli : la peinture du fond, la construction de la scène, les gestes préparatoires. Une immersion complète dans la création, l’œuvre n’est œuvre qu’avec son processus de création. Faire dialoguer la surface et la profondeur, le visible et le fabriqué.
Cette robe est un symbole : celui d’un vêtement avec une origine, une intention et une âme. A l’opposé du vêtement jetable, elle rappelle que chaque fibre, chaque motif, peut porter un récit, au même titre que la mise en œuvre de cette scène visuelle. Remettre le processus de création au centre de l’œuvre, faire lumière sur, rendre visible l’invisible.
En prolongement, une exposition pourrait réunir les photographies, la robe et les céramiques afin de faire coexister, dans un même espace, la matière, l’image et la trace du geste.
Une manière de raconter l’histoire d’un vêtement qui, en se laissant peindre, devient le lieu même de la création.